Hyperstress au travail : comment déceler les signes d’alerte, découvrez les conseils d’un psy – LCI

Photo by Victoria Palacios on Unsplash
INTERVIEW – Le docteur Patrick Légeron, psychiatre et spécialiste du bien-être au travail, vient de superviser une grande étude sur le stress au travail, pour le cabinet Stimulus. Un Français sur 4 souffre d’hyperstress au travail, à un point dangereux pour sa santé. Il détaille à LCI les résultats.

La proportion est énorme. Et inquiétante. 24% des salariés français sont dans un état d’hyperstress au travail. C’est-à-dire un niveau de stress trop élevé, et à risque pour leur santé.

C’est le résultat d’une grande enquête diligentée pour l’Observatoire du stress au travail par le docteur Patrick Légeron, fondateur de Stimulus, psychiatre dans le service universitaire de l’Hôpital Sainte-Anne à Paris et co-auteur des rapports sur les risques psychosociaux pour le Ministre du travail et sur le burn-out pour l’Académie de médecine. Il détaille les résultats de ce rapport à LCI.

LCI : Pouvez-vous rappeler ce qu’est l’hyperstress ? Parce que tous les stress ne sont pas mauvais…

Dr Patrick Légeron : En effet, il faut bien se rappeler que le stress et un concept scientifique. C’est la réaction d’un organisme lorsqu’il est confronté à une réaction difficile, et qu’il faut qu’il s’adapte. Cette réaction complexe qui a pour objectif de nous mobiliser, de faire face à une situation. Par nature, le stress n’est donc pas une pathologie. Dans la vie de tous les jours, c’est même normal de ressentir un peu de stress. D’ailleurs, 51% des gens de notre étude ont peu de stress, et rentrent dans cette catégorie-là. Mais à partir d’une certaine dose, on entre dans l’hyperstress. C’est un niveau de stress qui se mesure, par l’activité hormonale, l’adrénaline générée, et qui est à un niveau à risque pour la santé. Cela peut multiplier les risques de dépression, ou l’infarctus du myocarde par 7.

LCI : Quels sont les signes qui révèlent de l’hyperstress ?

Dr Patrick Légeron : Il y a des signes physiques, par exemple avoir des douleurs le soir, la gorge serrée, les muscles contractés, avoir du mal à digérer ou des pannes sexuelles… Il y a aussi des signes psychologiques : beaucoup d’émotions négatives, le fait d’être facilement inquiet pour rien, ou de s’énerver pour un rien… Et enfin, des signes comportementaux : on boit beaucoup plus de café, d’alcool, on prend plus de cigarettes, on devient boulimique ou anorexique. Quand on a ça dans les trois domaines, cela veut dire que le stress est trop élevé. C’est important que les gens réalisent que le stress est trop fort chez eux, car si l’état se prolonge, cela peut avoir des conséquences importantes, qui peuvent aller jusqu’au burn-out.

LCI : Pourquoi est-ce important justement de repérer cet hyperstress tôt ?

Dr Patrick Légeron : Cet hyperstress peut s’installer très progressivement, sur plusieurs semaines ou plusieurs mois. L’important est de repérer tous ces signes avant-coureurs, que ce soit pour soi, ou pour les autres. Car en s’y prenant avant, il est toujours possible d’inverser la machine. Mais quand on a fait un burn-out, c’est une maladie grave, qui nécessite un arrêt de travail, des médicaments, une thérapie. Il faut vraiment tout faire pour le prévenir. Nous avons donc 24% de gens à risque.

LCI : Et ces facteurs qui causent l’hyperstress, quels sont-ils ?

Dr Patrick Légeron : Ils sont toujours liés aux exigences du travail. Mais il y a grosso modo deux grands facteurs de stress. D’abord la charge de travail, l’intensité, le fait qu’il y a beaucoup de travail, et des informations complexes à gérer. Mais aussi tous les changements qui peuvent survenir dans le travail, la peur de ne pouvoir s’adapter. Ces changements peuvent être macro, à l’échelle d’une entreprise : réorganisation, fusion, rachat, entraînant parfois la peur de perdre son job. Mais il y a aussi les micro-changements : nouveau logiciel, s’adapter aux nouvelles procédures, etc. Peuvent aussi jouer le manque de reconnaissance ou le manque d’autonomie. Le gens sont dans des process, très encadrés, et ne s’y retrouvent pas.

LCI : Les pistes d’actions sont donc au niveau de l’organisation de travail ?

Dr Patrick Légeron : Il y a des facteurs de stress assez inévitables, liés au fait que l’entreprise doit s’adapter. Par exemple, il y a 15 ans, c’était d’entrer dans l’ère de l’informatique, aujourd’hui, c’est d’entrer dans le numérique. Mais il y a des facteurs de stress comme le manque d’autonomie, de reconnaissance, qui ne sont pas d’une nécessité absolue pour l’entreprise. Notre étude donne des pistes aux entreprises pour agir. La plupart sont déjà préconisées depuis des années par le Bureau international du travail, ou l’OMS : organiser le travail de manière épanouissante pour les salariés, leur donner de l’autonomie, les aider à préserver leur vie personnelle, en équilibre avec leur vie professionnelle, ne pas pousser les gens à la compétition entre eux… Il y a aussi des problèmes de management. En France, il n’est clairement pas à la hauteur. On est un des pays où la reconnaissance est la plus faible au travail. Il faut aussi travailler sur la qualité, la formation du management.

LCI : Et au niveau individuel, victime d’hyperstress, que peut-on faire ?

Dr Patrick Légeron : La première chose, est qu’il faut en prendre conscience. Il ne faut pas se dire que ça va passer. Si on voit que ça persiste deux, trois semaines, et si on voit que le week-end ne repose pas, ne fait pas de bien, il faut se dire qu’il y a un problème. Et si il y a un problème, il peut y avoir des petites techniques de relaxation à mettre en place, de la méditation, des activités physiques, d’investir dans d’autres choses, se dire soi-même de lever le pied, faire attention à son niveau de tabac, d’alcool… On peut aussi consulter un psy, un thérapeute, qui sont très en pointe maintenant sur ces thématiques de souffrance au travail. Et au sein de l’entreprise, si vous avez le sentiment que c’est le travail qui vous détruit, il ne faut pas rester silencieux. Le manager porte d’ailleurs une responsabilité juridique, il faut avertir la médecine du travail, les délégués syndicaux qui sont sensibilisés, il ne faut pas rester avec ce problème ; qui est ben connu, qui fait parti des risques psychosociaux. Car une fois qu’on s’effondre, on peut s’en sortir, mais le chemin est très long…

LCI : Des entreprises se lancent sur le créneau du « bonheur au travail ». N’est-ce pas une jolie façade ?

Dr Patrick Légeron : Le management sain, bienveillant, qui ne s’occupe pas que de la performance commence en effet à percer. C’est un progrès. Parce que pendant longtemps, jusqu’à il y a 15 ans, c’était un déni, on n’en parlait pas. Aujourd’hui, on est sorti du déni, mais les entreprises sont peut-être un peu rentrées dans du faux semblant ou de la cosmétique. Il ne s’agit pas que de mettre un baby-foot, une corbeille de fruit ou un billard, ni même un numéro d’appel. Même si tout ça n’est évidemment pas à rejeter, il faut aussi travailler le fond : l’organisation du travail, la manière dont les objectif sont donnés. Trop souvent, on donne aux salariés des objectifs inatteignables, qu’ils ont le sentiment de ne jamais atteindre. Et ce qui est pervers, est que s’ils l’atteignent, on leur relève. Il faut un management plus bienveillant, qui donne du sens. Cela paraît utopique, mais cela existe : en Europe du Nord, au Canada, existent des entreprises qui sont performantes et mettent en œuvre le bien-être au travail. Cela demande une petite révolution, mais qui est nécessaire, car les spécialistes pensent, et je partage leur avis, qu’on va droit dans le mur.

Source : Hyperstress au travail : comment déceler les signes d’alerte, découvrez les conseils d’un psy – LCI

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